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15.04.2008

L'art de faire rêver les pauvres

Lu aujourd'hui sur le site du Monde Diplomatique :

Dans le modèle marxiste, le travailleur est invité à se défaire de la mentalité servile et autodépréciative qui lui interdit de comparer son sort à celui des nantis pour revendiquer sans complexes le partage des richesses ; en même temps, il s’identifie à ses semblables, salariés ou chômeurs, nationaux ou étrangers, envers qui il éprouve empathie et solidarité. Le génie de la droite a été de renverser ce schéma. Désormais, le travailleur s’identifie aux riches, et il se compare à ceux qui partagent sa condition : l’immigré toucherait des allocations et pas lui, le chômeur ferait la grasse matinée alors que lui « se lève tôt » pour aller trimer… Son ressentiment est ainsi habilement dévié de sa cible légitime, et l’on voit s’enclencher un redoutable cercle vicieux : plus ses conditions de vie se dégradent, plus il vote pour des politiques qui les dégraderont encore.

Chacun étant incité par le matraquage médiatique à se penser environné de flemmards, de parasites et de voyous qui veulent le saigner à blanc, au propre comme au figuré, il ne peut désormais cultiver que des espoirs strictement individuels. Il n’imagine pas changer les règles afin d’améliorer le sort commun, et, pour cela, s’allier avec d’autres, mais seulement tirer son épingle du jeu. « Chacun aura sa chance », clamait le président de la République au soir de son élection ; « chacun pour soi », en somme [...]

Quelque chose me défrise au Royaume de la rationalité et des Droits de l'Homme. Quand exactement avons-nous abdiqué? Depuis quand est-il normal de se foutre de la collectivité sans se rendre compte que l'on en fait partie? Bon, je ne veux pas jouer à la gentile de service, moi aussi il m'arrive souvent de me balancer royalement du sort de mon prochain. Après tout, chacun sa vie. Mais après tout, je paye des impôts, pour que la collectivité prenne en charge en mon nom tout un tas de service: éducation, santé, sécurité... Faut-il être myope pour ne pas comprendre que la paupérisation de pans entiers de la population entraîne irrémédiablement des conséquences à plus long terme?

Le changement est déjà en marche: on finira par dérembourser les lunettes, puis ce sera au tour des soins dentaires, laissés à la charge des seules mutuelles, que tout le monde bien entendu peut s'offrir... On s'achemine vers un système à la québécoise en somme: médecine gratuite (oui, tout est absolument gratuit, rien à débourser, pas de remboursement des mois plus tard, le pied quoi, enfin, il faut juste être patient), mais dentisterie et lunetterie à la charge du patient (et donc des mutuelles). Jusqu'ici, ce système ne me semble pas si mal en fait. Oh bien sûr, il y a des problèmes, mais finalement, l'ensemble est assez performant. Et si le système français en était proche, ce serait le bonheur. Mais on voit bien que la suppression de ces remboursement n'entrainera pas d'amélioration de ce genre, comme la gratuité des soins.

Pays de la logique et de la raison pure... On est pauvre parce qu'on le veut bien, quand on veut on peut et mort aux assistés. Sauf que cela ne fonctionne que si tout le monde a les mêmes chances dès le départ, et c'est loin d'être le cas.

Commentaires

C'est la lutte finale à mort sa race encul.... Pardon, je m'enflamme... C'est vrai, ils font chier! Zut à la fin!

Ecrit par : esther | 15.04.2008

Mais bordel, puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas de plan de rigueur!!!

Ecrit par : Bilboquet | 15.04.2008

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